Cette folie douce qui nous environne

Elle chante fort et détaille son portable. Elle a une cinquantaine d’année. Elle est menue. Ses cheveux sont noués en un chignon, animés ça et là par quelques fils blancs.

Elle porte une veste beige, un trench-coat, ouvert sur une chemise fleurie, un pantalon noir, des escarpins à talons carrés assortis, un sac à emplettes quasi vide et un grand sac à main en cuir taupe. Elle chante faux, les chansons de son église, enregistrées sur son portable. Elle en explique les paroles, la portée. Elle récite des louanges et appelle le trés-haut à témoin. Elle est assise au fond du bus mais finit par se lever,  sans grande promptitude: elle devrait bientôt descendre. Elle sélectionne encore une chanson qu’elle apprécie particulièrement, entonne le refrain pour que l’on entende. C’est important. Le message est fondamental. Il nous faut absolument savoir. Elle fixe son téléphone et fait un nouveau choix dont elle débat. Son portable n’est pas tactile. Elle ne dispose pas d’écouteurs. Nous n’entendons pas ses chansons. Elle s’est levée trop tôt puisque le bus n’est qu’à mi-parcourt et qu’elle descend au terminus, elle vient de s’en souvenir. Ce n’est pas grave : elle restera debout.

Il est un peu plus de 10h30…

Nous sommes samedi. Jour de courses, journée chargée. Un petit garçon monte dans le bus et fonce vers le centre, penché sur sa trottinette mimant un pilote. Sa maman porte son petit frère et ne cherche pas à le retenir : il s’amuse. Une voix stridente s’élève derrière elle, crie quelques mots au chauffeur. Elle ne se retourne pas. Ce n’est pas un enfant mais un homme d’une quarantaine d’année, castra décidé à partager la conversation qu’il entretient au téléphone. Il porte un tricot blanc sous un pull marine recouvert d’une doudoune rouge sans manches, un jean et des baskets bleues assorties. Il doit revenir de chez le coiffeur, ses cheveux sont parfaitement taillés. Il rit et poursuit sa conversation en s’accrochant au poteau tout proche de la sortie. Il virevolte un tour et sourit et discute. La conversation est enjouée. Il se fige soudain mais sourit encore. Il parle mais ne porte ni écouteurs, ni ‘kit mains libres’, ni téléphone. Il parle cependant et il semble heureux.

Un samedi matin…

Il sera bientôt 11h, nous sommes assis ou debout dans le bus, un samedi matin, une journée chargée et tout est normal. Il y a ceux qui tiennent le coup et ceux qui ne tiennent pas. Il y a ceux qui font face et ceux qui sont dépassés. Il y a ceux qui parlent fort et ceux qui ne parlent plus. Il y a ceux qui sont heureux et ceux qui le sont moins. Ceux qui le font savoir et ceux qui ne savent pas. Ceux qui rient fort et ceux qui doivent bien rire, à l’intérieur, à la maison, entre eux. Une folie douce nous environne mais ce n’est rien. C’est la loi de la nature, la société, le darwinisme social, l’indifférence des grandes villes. J’entends des amis me dire que c’est là tout l’avantage, l’anonymat, la solitude au milieu de la foule endormie par les comptes, les calculs, les impératifs, les rendez-vous, la météo, les envies, les regrets, les compensations, l’épuisement, les pollutions. C’est triste et c’est ainsi. C’est la vie, un samedi matin, journée de courses, journée chargée.

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