L’autre… De l’image à la réalité

Avant hier matin, je ne savais rien de la Maison Populaire de Montreuil et pas grand chose de l’art contemporain.

Engagement et arrangement de 30 travailleurs en fonction de leur couleur de peau, Santiago SIERRA, (2002)

Il s’y tient une exposition intitulée L’autre… De l’image à la réalité (acte 2). L’autre, ce sujet qui fâche. L’autre dont il est tellement question. Forcément lorsque Sophie m’a proposé d’y jeter un œil, je me suis laissée tenter.  J’ai découvert à l’art contemporain des intentions  que je ne lui soupçonnais pas. J’ai redécouvert Lévinas, son éthique de l’Autre, qui a inspiré le projet et croisé trois nouveaux visages. Non, un peu plus.

Comment porter un regard lucide sur l’Autre aujourd’hui ?

Blandine nous a livré tous les secrets de l’exposition. «  Le projet a évolué par rapport à la situation politique mondiale. Avec le nombre croissant de démagogues démocratiquement élus, nous sommes confrontés à un changement de société où le nationalisme, le racisme, le sexisme et l’homophobie sont politiquement mis en oeuvre et où le pluralisme et la liberté d’expression sont massivement restreints ». « Où est l’autre ? » nous a-t-elle interrogé. « Comment porter un regard lucide sur l’Autre aujourd’hui ?  ». Pour répondre à cette question, ici, à la Maison ‘Pop’, elle a choisi, puis contacté, au culot quelquefois, quelques uns des plus grands noms de la scène artistique contemporaine.

On se parle mais l’on ne s’entend pas. On ne se comprend pas parce que l’on se s’écoute pas.

D’Archiampong à Hirschhorn

Blandine, Roselle est son nom, commissaire en résidence, nous  a donc présenté ces artistes et leurs oeuvres. Thomas Hirschhorn, auteur d’une série « Pixel-collage », artiste coté et altruiste. Olga Kisseleva qui, après des nouvelles, échange son regard avec le monde. Enfermée dans une pièce sombre, nous avons rencontré le collectif Superflex, trois garçons, qui se sont intéressés à Mayotte, île, Française, Européenne, sise en plein coeur d’un océan de pauvreté. David Blandy et Larry Archiampong, artistes indépendants se sont unis pour Retrouver Fanon, interroger le colonialisme, le post-colonialisme, son dépassement, ce qui sera une fois que cela sera fait: reconnaîtra-t-on enfin l’environnement, cause ultime de notre temps ? On se parle mais l’on ne s’entend pas. On ne se comprend pas parce que l’on se s’écoute pas. On produit des sons comme les machines de Chris Eckert produisent des mots mais n’impriment que des négations jusqu’à saturation. ‘Ameria is not such a surprise after all‘. ‘La France n’est pas un cas exceptionnel‘. ‘La France n’est pas finie‘. Quatre machines. Quatre langues. Des lignes et des lignes de mots qui s’amoncellent: c’est Babel à Montreuil.

Ligne de 250 cm tatouée sur 6 personnes, Santiago SIERRA, (1999)

Jusqu’où fermerons-nous les yeux ?

Celui qui ne veut pas être vu

Il y a des projections. Il y a des machines qui écrivent au stylo noir. Il y a l’indicible. Il y a un mur consacré à Santiago Sierra, celui qui ne veut pourtant pas être vu. De lui, l’exposition propose trois films, pas si récents et pourtant parfaitement d’actualité: Ligne de 250 cm tatouée sur 6 personnes (1999) ; Engagement et arrangement de 30 travailleurs en fonction de leur couleur de peau (2002) ; 3000 trous de 180*50*50 (2002). Dans le premier, il offre quelques billets à qui voudra être tatoué – marqué donc. A vie – d’une ligne dont il ignore tout. Dans le second, même proposition, à une série de personnes choisies et « exposées» par couleur, du plus clair au plus foncé. Dans le troisième, idem, à quelques migrants cette fois, pour creuser un trou chacun, dans un désert, supposé frontalier, assaillis par le vent, accablés par la chaleur… Le cynisme éclabousse un spectateur ahuri, éperdu de dégoût, obligé de s’interroger, d’interroger sa propre relation à l’autre : jusqu’où fermons-nous les yeux ? Jusqu’où les fermerons-nous encore ? Jusqu’où descendrons-nous avant de prendre le chemin inverse ?

Trois volets. Ici, l’acte 2

L’intention est d’éclairer ‘nos réactions face à l’altérité (dénigrement, rejet, aliénation), notre aveuglement volontaire (facile, pratique, utile), la superficialité des relations que nous entretenons avec autrui, notamment via les médias (voyeurisme, consommation de l’échange, instrumentalisation des informations)‘.

Sophie, chargée de communication, Blandine, Véronique, journaliste et moi, nous sommes rencontrés, là. Nous avons, assez simplement d’ailleurs, échangé nos expériences, nos sentiments, nos vues, une matinée pluvieuse de printemps. Nous étions ensemble à la Maison populaire de Montreuil, réunies autour de  l’exposition « L’autre… De l’image à la réalité, acte 2 », qui s’y déroule jusqu’au 1er juillet prochain.

Le projet se déploie en trois volets : Avec l’autre/Face à l’autre/L’autre nous.

La Maison populaire accueille chaque saison plus de 2300 adhérents qui participent à la centaine d’ateliers d’expressions développés en direction des adultes et des enfants.

Nous nous sommes promis de nous revoir, de conserver un lien, quel qu’il soit. Cela nous a semblé la moindre des choses.

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