#JusticepourThéo : méfions-nous de nos emportements

Les milliers de policiers, de fonctionnaires plus globalement, qui tentent de faire correctement leur boulot dans des conditions loin d’être optimales méritent justice également.

Je ne participerai pas aux manifestations #JusticepourThéo. Non pas, parce qu’il ne le mérite pas. Bien au contraire. Ce jeune homme a subi des injures physiques telles qu’il me coûte de les imaginer. Il se trouve enfermé tandis qu’il n’a commis (a priori. Aucune plainte n’a, en tout cas, été déposée) aucun crime, coincé sur un lit d’hôpital plusieurs jours, handicapé pour longtemps. Il est clair qu’il mérite justice. Sa famille mérite justice, et respect, pour ses appels au calme, pour la dignité dont elle continue de faire preuve. Il mérite le respect pour la foi qu’il a en la justice de son pays. Je ne participerai pourtant pas aux manifestations #JusticepourThéo parce qu’elles omettent les autres victimes majeures de cette triste affaire: les policiers, la police en règle générale et, avec eux, une large frange de fonctionnaires.

Idéologie d’un côté comme de l’autre

Toute les discussions que j’ai pu entretenir au sujet de cette affaire menaient inconditionnellement à une contextualisation de la situation de l’un ou des autres, mêlée d’assignations plus ou moins conscientes. D’un côté, ce jeune homme noir, résidant d’une ‘cité’ (notons le dévoiement du terme), devant faire quotidiennement face, comme la plupart de ses congénères allogènes de près ou de loin, à la violence policière, sociale, économique, politique, abandonnés par un État seulement symbolisé par son bras répressif. De l’autre des policiers, ‘petits blancs’, déclassés, surchargés, grégarisés par la violence qu’ils doivent quotidiennement affronter, violence émanant d’une jeunesse délinquante d’origine étrangère pour la plupart, dont le seul objectif est de ‘casser du flic’, ‘casser du blanc’ et par là signifier sa défiance à un État qu’elle juge, sinon sectaire en tout cas partial.  Voilà pour les clichés.

Le problème est qu’à l’instar de tous les autres ‘quartiers’, les ‘cités’ ne sont pas peuplées que de voyous, qu’y coexistent des citoyens de toutes origines, de toutes couleurs, prises dans l’étau de l’assignation, oubliées et/ou victimisées par une autre catégorie qui ignore la réalité de leur quotidien et ne goûterait pas la côtoyer. Trop exotique. Que cette polychromie existe également dans les rangs de la police où sinon le bleu, celui de l’uniforme que ces femmes et ses hommes endossent, aucune autre couleur ne prévaut, sauf dans la tête de quelques hurluberlus. De l’absence de moyens, de la désuétude des commissariats, de ‘l’ingratitude’ du boulot, des suicides, des vocations explosées sur le roc de la réalité, il est moins question. Assignation. Encore.

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« Et qu’on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps… »

Toutes cette affaire et les passions, compréhensibles qu’elle déchaîne, m’ont ramenée à cette chanson de Jean-Jacques Goldman, Né en 17 à Leidenstadt. Il a raison, Jean-Jacques, j’ai la chance de vivre à une époque où je n’ai pas à choisir de camp. Une époque formidable où j’ai le droit de dire que je ne suis ni pour l’un, ni contre les autres. Notre démocratie, notre société mérite mieux que le manichéisme. Mieux, je pense (puisque les heures les plus belliqueuses sont derrière nous, quoique tentent quelques hurluberlus, et qu’il suffit de dire pour être entendu) qu’il convient de dire et d’agir à-propos, aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que son message soit entendu.

Notre société mérite d’être considérée dans son ensemble, non plus classifiée par quartier, par origine, géographique notamment. Elle mérite une police en phase avec la mission qui lui est dévolue. Cette police mérite, à l’instar des professeurs, des écoles à l’université, des infirmiers et personnels soignants de nos hôpitaux, de disposer des moyens d’être au service des citoyens. Je postule pour elle, comme pour tous ceux que je viens de citer, la justice, de la justesse, une formation à la hauteur des enjeux auxquels elle doit faire face. Je souhaite qu’elle soit nettoyée des imposteurs, que les plus jeunes agents disposent d’autant de mises en situation, de ‘plastrons’, de suivis psychologiques, d’écoute, d’ajustements qu’il convient, d’autant que de grands périls nous guettent, que ses responsabilités sont en voie d’être élargies et qu’il ne saurait être question d’armer des agents dont les capacités d’intervention ne sont pas en phase avec ladite mission, tellement complexe à accomplir en l’état actuel des choses, qu’elle frise la surhumanité.

Je ne participerai donc pas aux manifestations #justicepourThéo parce que j’en appelle à une justice plus grande, qui inclut Théo, sa famille, celle de tous les manifestants et non manifestants, les policiers, les fonctionnaires, notre société dans son ensemble, en un mot: j’en appelle à la République. Pour tous. Enfin.

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