L’extraordinaire manière dont Jonathan a décidé d’échapper à l’ordinaire

Jonathan vit au 5ème étage d’un immeuble sans personnalité, où il connaît tous ses voisins.

Il a toujours passé quelques minutes avec ceux qu’ils croisaient, dans le hall d’entrée, dans une autre partie commune, à la sortie de l’ascenseur bruyant, exigu qui, s’il n’autorise que peu d’espace garantit un sujet de conversation, notamment avec les inconnus. Jonathan est ce type de personnage qui aime rappeler son lignage, ses origines, même lorsque ce n’est pas utile. Même lorsque cela n’a pas grand intérêt dans l’échange. Il est de ces personnages qui refusent cette vie simple, ordinaire, celle du commun des mortels. Rien de ce qu’il est n’est vulgaire, ordinaire en un mot. Le commun lui est impropre, il ne s’y attarde guère, tant dans ses goûts que dans la manière dont il se vêt, ni dans la musique qu’il écoute ou dans les idées politiques qu’il partage, qui sont les siennes, puristes, en quête de toujours plus de pureté.

Jonathan vit au 5étage d’un immeuble tout à fait ordinaire, dans un quartier qui ne l’est pas, qui refuse de l’être. Il vit dans un environnement qui lui ressemble, en marge d’un quotidien glauque, prêt à tout instant à prendre de la hauteur.

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Ces derniers temps, Jonathan sort très tôt, rentre très tard ou sort tard pour rentrer tôt. Ce n’est pas ordinaire. Tout comme d’ailleurs les cris qui s’échappent de son appartement dès qu’il en referme les portes. Jonathan y est traité de moins que rien. Il y est traité d’imbécile. Jonathan est qualifié de pire encore mais il ne serait pas convenable de l’exposer ici. L’ordinaire semble avoir percuté Jonathan de plein fouet. Jonathan semble victime d’un amour qui meurt, un mal somme toute très banal. Plus habitué à l’ordinaire de la vie, ses voisins aimeraient dire à Jonathan que tout cela n’est rien, ces mots durs qui s’envolent. Ils ne franchiront pas les murs de l’immeuble solide tout de même, malgré sa désuétude. Qu’il s’agit de disputes simplement, d’emportements vifs sans doute, de la rudesse des temps qui, agglutinée dans un espace étriqué se concentre, s’épaissit et explose.

Mais Jonathan ne s’attarde plus dans le hall d’accueil. Il ne discute plus dans les parties communes. Il ne prend plus l’ascenseur. Il préfère vivre seul cet extraordinaire impact avec le quotidien, ces agressions, douloureuses, personnelles, puisque ses portes sont fermées. Il ne sait peut-être pas que le propre du commun n’est pas de juger. Qu’il sait écouter aussi, soutenir s’il le faut, adoucir, quand cela est possible. Il ignore sans doute que commun est synonyme d’ordinaire autant que semblable, collectif ou universel peuvent l’être.

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