Seul contre tous…

Je ne t’oublierais jamais… Oui… Oui…

L’homme parle fort. A croire qu’il n’a pas vu la campagne. Celle avec des animaux. Celle qui invite à ne pas porter son sac au dos dans les transports bondés, à ne pas s’asseoir sur les strapontins quand il y a trop de monde, à ne pas bousculer les autres, à ne pas roucouler dans les escalators et gêner le passage, ni jeter ses ordures, son chewing-gum par terre ou bloquer les portes du métro, celle qui dit qu’au-delà de ‘86 décibels, la conversation n’est plus confidentielle’. Il va rejoindre son correspondant. Ils ont, selon toute confidence, rendez-vous quelques stations plus loin.

Non, c’est vrai : je ne t’oublierais jamais. Tu es une personne très importante pour moi. Oui… oui… Moi aussi… Mouache ! Tu as entendu ?

BasquiatStardust

Son discours est traînant. Il parle comme un enfant, cet homme qui doit bien avoir la trentaine. Il s’accroche aussi, à la barre, tandis qu’il quitte son siège. Il n’est pas à l’aise avec les mouvements du bus. Peut-être sa démarche est-elle toujours aussi incertaine. Il semble avoir du mal à déplier complètement les jambes. Il porte un short et un tee-shirt. Il se répète. Il dit tout haut, tout fort ses sentiments.

Oui, tu as entendu ? Je t’ai envoyé un bisou ! Tu as entendu ?… Mouache !… Mouache ! Tu as entendu ?

Il paraît que l’humour pour être drôle doit être cassant. Il paraît que le monde est glauque, rempli de haine, de fourberies, de méchanceté. Il paraît que les gens ne s’entendent pas, que la planète ne tourne pas rond. Et lui, tout haut, au milieu d’un bus, il déclare sa flamme se fichant bien de qui écoute, de qui entend. Il dit tout haut qu’il aime. Il dit ‘ pour toujours’ et ‘jamais’. Il dit un temps long. Pourquoi pas. Même si plus personne n’y croit. Il est un peu comme ces gens qui s’embrassent dans la rue, ceux qui sourient sans raison apparente, ceux qui rêvassent et manquent leur station, ceux qui marchent tranquillement les mains dans les poches, ceux qui écoutent quand on leur parle, ceux qui regardent les pigeons, les merles, les oiseaux en général, les papillons aussi… Seuls, contre l’urgence, la morosité, le défaitisme, le déclinisme, le cynisme, le pessimiste et tout, et tout…. Seuls contre tous. Et ce n’est pas grave. Puisque tous est de plus en plus petit et seul, de plus en plus grand.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s