Ma vie compte. Mon avis aussi.

Une manifestation Blacklivesmatter à Paris ? Pourquoi pas. Mais les modèles sont comme ces robes à la mode: elles ne vont pas à tout le monde.

Faisons, pour commencer, un point sur ce qui ne va pas. A chaque fois qu’il est question de pauvreté, de SIDA, de viol, de violence, d’instabilité, d’assistanat, de délinquance, d’aide au développement, s’il ne s’agit pas du continent africain, de l’espace caribéen, il sera au moins question d’un Noir. Questionnons la rubrique Immigration et diversité du journal de référence. Ou sa rubrique Banlieue. Lorsqu’un Noir participe à une émission télévisée,  un film français, c’est un comique ou un pitre, un immigré, un chanteur, un rappeur, un danseur, une victime. Sinon, il est une opportunité offerte à la diversité. Une femme noire n’est jamais belle. Elle est une belle Noire. Ou belle pour une Noire. Ou jolie quand même. Ou le symbole de la grandeur de sa race. Lorsqu’une personne noire est responsable d’un bureau, d’une association, d’une ville ou de quoi que ce soit d’autre, elle est un exemple, exemplaire, elle est parvenue à sortir de son milieu, bien qu’il soit aisé, bien qu’il ne soit pas pauvre. Un Noir et un Blanc marchent côte à côte. Il y a, au minimum, 90% de chances que le Noir soit contrôlé, 90 fois plus souvent que son pote blanc. Je ne dis rien de la discrimination au logement, à l’embauche, des commentaires aux mamans célibataires, aux enfants sur leurs coupes de cheveux…

L’art français du mauvais esprit

Pourtant, si l’envie de baisser la tête est inscrite dans beaucoup trop d’esprits encore, sans doute du fait d’une histoire mal digérée et que l’on ne peut faire mine d’ignorer plutôt que de l’enseigner dans toute sa complétude, jamais mes parents n’ont eu à céder la place à un blanc dans un bus. Jamais non plus, l’entrée d’une piscine, d’un bar, d’une école, d’une ville ne leur a été interdite parce qu’ils sont noirs. Oui, les choses sont plus subtiles ici. Bien qu’elles se pensent très fort, certaines ne se disent pas. Elles se susurrent, elles s’enveloppent, elles s’édulcorent, la finesse française, l’art français du mauvais esprit pour reprendre un titre lu récemment, ce second degré aussi recherché que blessant, cette manière lubrifiante d’amoindrir, de rapetisser.

Eh bien justement !

C’est bien parce qu’existe un racisme à la française que nous ne devons pas céder à la tentation d’emprunter aux Américains une manière de lutter. Il y a un problème réel dans la perception de l’autre. Mais le communautarisme qui se répand ici est aussi importé que MacDo ou le Coca-Cola. La solution passe-t-elle par  Blacklivesmatter ou le New Black Panther ?  La lutte est passée par la négritude d’Aimé Césaire. Elle est passée aussi par Frantz Fanon. A une époque où, pour les Noirs américains, la France était l’eldorado. Elle est passée par Édouard Glissant et son Tout-Monde. Elle reste encore à inventer. A inventer et à exporter pourquoi pas. Mais sûrement pas  à pomper sur l’autre sous prétexte qu’il dispose d’une communauté noire économiquement visible, en même temps que des réalités différentes.

Basquiat - Profit - Nanachronique

Soyons réalistes : recréons un possible

Alors, oui. Je les ai lues ces critiques en susceptibilité des noirs de France qui ne parviennent pas à s’unir. Le fait est que certains Noirs de France ont juste envie d’exister en tant qu’êtres, en tant que pères et mères de famille, en tant que ce qu’ils veulent et pas forcément en tant que Noir. C’est leur droit. Les Noirs de France, comme toutes les personnes honnêtes de France, veulent que l’Histoire, la politique, l’économie, le journalisme, la mode, la littérature, la culture plus généralement ne soient pas résumées en un courant aussi pauvre que réducteur parce que cela ne correspond pas à la France, parce qu’elle mérite bien mieux. La vie des Noirs de France comptent. Autant que la vie de toutes les autres personnes de France. Et bien que le Hip-Hop soit génial, que Basquiat soit génial, que la soul, le disco, la funk, le R&B soient géniaux, les Etats-Unis n’ont pas le monopole de l’expression noire dans le monde. Nous avons le droit, le devoir peut-être, d’avancer une idée, notre idée d’être Noir. Elle reste à créer, à penser, à inventer ? Tant mieux. Ne soyons pas paresseux. Travaillons-y. Mais bordel, cessons de tomber dans le piège de la division et l’unifomisation !

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