L’Euro, vu du métro

L’Euro serait-il plus funky en sous-sol que sur le terrain ?

Rien à redire de l’équipe de France. Non, absolument rien. Je fais résolument partie de ceux qui croient qu’il faut soutenir son équipe. Envers et contre tout. Nos matchs ne sont pas si terribles. Nos maillots sont solides. L’équipe est formidable. Le problème, ce sont les terrains, les crampons, les ballons qui pètent. En attendant de jouer les vraies équipes, nous affinons notre stratégie, nous affûtons nos armes. Quoi, mécréants, il vous faut une preuve de notre génialité ? Même en ne jouant pas, nous gagnons. «Il n’y a que dans le dictionnaire que le succès vient avant le travail » ? Impossible est Français. Nous terminons premiers de notre groupe. Nous sommes géniaux. Et, les visiteurs, quand ils ne foutent pas le souk à l’institution terrasse, le sont aussi. La preuve par trois.

 

Couronne - Basquiat

Et un, et deux, et…
L’Euro de foot se passe aussi dans le métro. A chaque minute, sa nouvelle action. Un peu comme dans nos matchs… Vu, il y a quelques jours, deux jeunes femmes, l’une étalée sur le sol de la gare cuvant le bon vin de France, l’autre, sa copine, une amie, moins imbibée mais imbibée quand même lui détaillant d’une voix douce et non moins inquiète quelle stratégie adopter en pareille situation, la meilleure posture pour ne rien retenir de ce qu’il convient désormais de libérer. L’équipe de la Croix-Rouge, après un grand pont absolument incroyable rendu nécessaire par la sortie in fine de la belle au poids dormant assure la fin du match. Le corps médical sifflera la fin de la partie. Résultat : match nul. Que dire de ces supporters qui s’interpellent d’un bout à l’autre de la station, perturbant nos silencieuses déprimes et notre stress tranquille d’avant match ? D’avant-match forcément, puisqu’après, tout va mieux. Oh… Un groupe d’hommes costauds, plus ou moins sportifs, s’engage dans une rame. Ils avancent d’un pas plus épuisé que nonchalant. La vie de supporter n’est pas de tout repos. Qui mieux que nous peut le savoir ? La sonnerie retentit. Rien ne presse. Le plus jeune s’accroche à la barre centrale. Deux autres poussent une valise dans le couloir mais bloquent encore l’entrée du dernier. Ils discutent. La sonnerie résonne toujours. Le conducteur est patient. Il a compris le mot d’ordre : être accueillants, montrer le meilleur de nous-même, soutenir notre flamboyante équipe. La sonnerie résiste donc à la tranquillité de l’homme toujours sur la touche, décidément pas pressé de s’engager. Elle finit de retentir et les portes finissent par se fermer. Le plus jeune sourit. Il regarde les deux autres qui sourient avec lui. Le quatrième, celui donc qui a manqué le train d’un passement de jambe, lève les bras en l’air, mi résigné, mi amusé. Ils échangent quelques mots au travers de la vitre et continuent de sourire. Pas un mouvement de panique, d’agacement ou d’énervement. Pas une complainte. Je n’ai rien compris de ce qu’ils se disaient, j’imagine cependant que, même en Croate, ou peut-être en Russe, on ne se fâche pas le sourire aux lèvres. Les trois descendront de la rame deux stations plus tard, aussi tranquillement qu’ils y sont montés, pour attendre, installés sur un banc, le manquant. Un avion solaire tente de traverser l’Atlantique. Nous pourrions rencontrer l’Allemagne, la Belgique ou la Croatie au tour suivant. Et, comme ces supporters d’un ailleurs serein, nous sourirons, puisque de toute façon, nous sommes formidables. Et que l’Euro, nous l’avons déjà gagné. Il est aussi passionnant dans le métro que sur le terrain.

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