Biaiser est-ce mentir ?

Cette réflexion m’est venue au détour d’un chapitre de ce bouquin de Chimananda Ngozi Adichie, Americanah, passionnant.

Son compagnon, universitaire, une perfection pétrie de bonnes intentions (ce sont globalement ses mots), organise une manifestation, pour soutenir un homme noir, âgé, indûment accusé de trafic de drogue sous des prétextes fallacieux qui ne fournissent que la preuve, selon lui, de cette représentation sociale selon laquelle un noir, qui échange de l’argent avec un autre est forcément un dealer. La manifestation remporte un franc succès auprès de la communauté universitaire. Il a, bien évidemment attendu, sans réellement l’inviter tant cela lui semblait logique, de sa compagne qu’elle y participe, ce qu’elle ne fera pas. Plutôt que d’affirmer sa position, ses doutes, elle participera au pot de départ d’un collègue et prétextera une grosse fatigue. Ce mensonge programmera la fin de leur relation.

Basquiat

Par principe
Découvrant la vérité quelques temps plus tard, il lui expliquera en effet que c’est moins son absence que son mensonge qui « le déçoit ». Ils se renferment. Leur relation se distend jusqu’à se dissoudre. Mais, si elle avait dit la vérité, les choses auraient-elles été différentes ? Cette divergence de posture signifiant une différence de fond. Pourquoi a-t-elle choisi de mentir ? Pas tout à fait par crainte de le décevoir. Le livre raconte, en l’état de ce que j’en ai lu, l’histoire de son amour pour un autre. Elle raconte encore que son compagnon ne tient pas ce collègue sur le départ en grande estime. Au fond, le principe n’y est pour rien. Il n’est qu’un principe. Il n’est qu’un prétexte.

Au fond…
Si ce n’avait pas été ce principe, cela aurait été autre chose. A la vérité, son mensonge n’a été qu’une manière, détournée, inconsciente peut-être, de mettre fin à leur relation. Elle l’admet entre les lignes. La posture rigide de son compagnon interroge sur ses intentions profondes. Peut-être est-ce, là encore, une manière pour l’auteure d’atténuer sa ‘faute’, en amplifiant la réaction de son partenaire, en minorant le biais. Biaiser n’a pas été mentir mais chercher l’issue favorable d’une relation qui ne lui convenait pas, qu’elle pose d’emblée d’ailleurs comme disproportionnée. Biaiser a été sa façon de se séparer de la perfection pour rétablir le lien avec son premier amour qui lui ressemble, pour rétablir le lien avec elle-même. La vraie question est donc : pourquoi s’être menti si longtemps ? Pour se donner le temps de se trouver, de s’accepter pleinement. Cette quête nous est commune, le biais, un outil à utiliser avec parcimonie.

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