LKP, Nuit debout, résistances, réminiscences

Un orchestre, place de la République. La foule contemplative, unit dans un même émerveillement. En Guadeloupe, en 2009, nous avons été des milliers à vivre cet émerveillement, cette excitation, cette exaltation, cette volonté de changement au point d’en devenir des acteurs quotidiens, les acteurs au quotidien…

Des journées de marches, de chants, dont un, fameux, devenu hymne contre la profitasyon, continue de flotter dans l’air des revendications actuelles, de mêmes ressorts. Des journées, ensemble, toutes origines, toutes catégories sociales, tous âges confondus, toutes idées mêlées, toutes ambitions communiantes. Tandis qu’avec un groupe d’amis, nous marchions dans les rues de Pointe-à-Pitre, je me souviens ce chanteur, très connu encore aujourd’hui, défilant à nos côtés, avec femme et enfants, de nos rires, de nos blagues, de l’ambiance. Tandis que nous marchions au Moule, un groupe de touristes, appareils photos en bandoulière, a rejoint le cortège, levant le poing au ciel, en signe de ralliement. Ils ne parlaient pas créole. Ils ont compris l’essentiel. Ils devaient être Américains ou Allemands. Et la joie des aînés, des parents, le peuple rassemblé, uni autour d’un même espoir. Et l’entraide, le retour de la simplicité.

Jean-Michel Basquiat - 1981 - Red man

Mêmes maux…
Et de l’extérieur… Ces images, de violence, d’incendies, de casseurs. Cette autre facette, existante comme aujourd’hui mais tellement anecdotique, tellement périphérique au grand mouvement qui a mené dans la rue plus de la moitié de la population de l’île qui compte 400 000 habitants. Les feux, les barrages ont fait la une des journaux bien plus que les initiatives populaires, artistiques, les concerts, les rencontres, les échanges, l’éducation par la rencontre, le débat, l’espoir, les faits, rudes, ataviques, persistants. Jamais, et mes collègues, amis, compagnons de l’époque le confirmeront sans hésiter, nous n’avons connu une telle intensité créative. Un spectacle mêlant danse, peinture, slam et poésie, des vidéos clips, des expositions photos, des documentaires, des conférences, des articles, pour les médias du monde entier et un vent de liberté, une bouffée d’énergies. Un concert gratuit, une nuit entière, un grand « bœuf » spontané, improvisé. Nous étions nous. Nous étions ensemble. Nous étions vivants.

Et plus tard…
Et pourtant… Ce grand mouvement n’a pas accouché du pont républicain, celui par lequel la spontanéité rejoint la transaction qui soutient l’action politique. Les uns sont devenus agresseurs parce que les autres ses sont sentis agressés, dépouillés. Les membres du LKP se sont posés en juges et censeurs, les hommes politiques en maîtres es légitimité. Bataille d’égo. Batailles de légitimités: légitimité de la rue contre légitimité des urnes, comme si l’une n’entraînait pas l’autre, comme si l’une et l’autre ne pouvaient s’allier sans se trahir. Le LKP n’a pas su s’oublier pour passer de la diffusion à la construction d’une idée politique dans le respect de règles auxquelles on ne peut déroger sans tomber dans l’anarchie et l’incompréhension. Face à lui, les hommes en poste n’ont pas eu l’audace de porter le changement réclamé, de redonner son éclat à la démocratie dont ils sont pourtant les dépositaires et ainsi faire vivre ce pourquoi ils se sont engagés. Bafouillements. Cafouillages. Échouage.
A croire que l’on peut tout faire seul, on pêche par orgueil. Nous en subissons aujourd’hui encore les conséquences. Même si, au fond du cœur de ceux qui y étaient, la flamme reste allumée, vibrante de voir le courage remplacer le repli, du souvenir de ces journées aussi, de se savoir surtout capable de recommencer.

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