Une histoire banale

Ce matin dans le bus… Deux femmes réprimandent un jeune garçon. Quel âge avait-il ? Une douzaine d’année… Assis contre le siège, immobile, il semble ne rien entendre des remontrances de cette femme, qui a pris le bus en marche…
Il venait sans nul doute d’être renvoyé de l’école. Et ce n’était pas la première fois. Même pas la première qu’il se comportait mal. Plutôt qu’il ne se comportait pas bien. « L’amie » montée dans le bus en marche est venue le confirmer. Il l’a agressé déjà, verbalement. Il est intelligent pourtant. Il pourrait faire mieux, faire plaisir à sa mère. Il vaut bien mieux que cela. Il n’est qu’un enfant et le temps passe vite. Il doit se réveiller, y penser maintenant, tandis qu’il a encore le temps de se reprendre. Que veut-il ? Finir dans un centre de délinquant ? En face, un homme observe la scène d’un œil furtif. Il est triste. Il aurait envie d’intervenir. Il se retient. Qu’est-ce qui le retient ? Et, tandis qu’il fixe la maman qui ne dit plus rien, qui hoche désormais la tête en signe d’assentiment aux remontrances de l’amie, je la regarde…

Haringsanstitre1983imbrique
Keith Haring, Sans titre

Violences
Jusque-là, je n’écoutais que les remarques de l’amie, celles que nous faisons tous à nos ados, ces appels à travailler plus dur, à se concentrer sur l’essentiel, sur ce que nous considérons essentiel. L’enfant reste prostré, comme enfermé dans sa tour d’entêtement. Il ne pipe mot. Il garde sa mine boudeuse. Il semble furieux. Il ne regarde pas sa mère. Il sait que le plus dur est à venir. Elle a les traits tirés, le teint terne, blafard, les yeux vides, fatigués. Elle a pleuré. Elle est cernée. Si cernée que ces yeux sont cerclés de rouge. Ils tombent en lambeaux. Ses traits sont si tirés qu’elle semble incapable désormais de sourire : elle en a perdu les moyens. Et peut-être le temps. L’heure n’est pas à rire de toutes façons. Il semble que les occasions soient devenues rares. Elle est triste. Il ne la regarde pas tandis que l’amie lui rappelle que sa mère est seule, qu’il devrait penser à elle, à ce qu’elle doit affronter. Il devrait la soutenir, lui faire plaisir…

Combats
Aucune réaction. Il ne bouge pas. Son visage reste figé. Je la regarde vite et imagine ce par quoi elle a dû passer. J’imagine les sacrifices qu’elle a fait, qu’elle fait, qu’elle fera encore. Elle est fatiguée mais elle a choisi, dit-elle dans un murmure. Elle ne pouvait pas faire autrement. Que devait-elle faire ? Elle lui pose la question. Que veut-il ? Elle ne pouvait pas faire autrement… Que s’est-il passé ? Elle lutte maintenant. Que s’est-il passé ? Il lutte également. A sa façon. Bonne ou mauvaise. La vie est une question de choix. Et, comme le disait récemment une femme politique le courage, c’est quelquefois rester. Le courage, c’est quelquefois partir.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s