L’ennui avec l’ennui c’est…

Je me suis levée avec ce sentiment tenace, un truc qui traîne et me tracasse…

Monticello - Basquiat - Janvier 2016

Non que je ne fasse rien. Mais je ne fais rien d’inhabituel, d’exaltant. Cette phase d’attente durant laquelle rien de concret n’arrive. Rien ne se passe parce que tout est à venir. Ton corps tout entier est vautré là-dedans, paresseux, en espérances diversement exprimées par des maux auxquels tu souhaiterais apporter un remède mais dont tu sais qu’il n’existe dans aucune pharmacie, aucune pharmacopée sinon celle, toute personnelle, qui te reste à inventer. Et puis… J’ai pensé à ce poème, à Baudelaire, à la mélancolie, au spleen, à l’ennui des jours. Il vivait au XIXème siècle. Nous vivons maintenant. Quelle différence ? Avait-il donc traversé, insensible, les époques ? Malgré la technologie ? Malgré nos attractions quotidiennes ? Malgré toutes les obligations, les nécessités ? Malgré toutes les opportunités, les distractions dont nous disposons et celles qui restent à imaginer ?

(…) Parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde!
Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde (…)

Je m’ennuie.
Et les quêtes d’une meilleure gestion du temps, de l’argent, d’un meilleur moi n’y font rien.
Je m’ennuie.

Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie,
N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C’est que notre âme, hélas! n’est pas assez hardie.*

Voilà. Le mot est lâché.
Hardi. Hardiesse. Action. Agir. Faire.
Se donner la peine d’ajouter du rose, du rouge à la grisaille et orner de futiles fariboles un vide étouffant.Faire pour faire, pour dire, pour exister et inventer une contenance qui ne changera rien au fait, au fond. Je m’ennuie. Voilà tout.

*Au lecteur, Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du mal

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