Nous étions dans le métro…

Nous étions dans le métro. Elle portait leur enfant. Il portait son sac. Ils baissaient la tête. Ils étaient jeunes, tristes, esseulés, sombres, fatigués. Elle portait le voile. Et lui, une barbe…

L’enfant, elle le portait dans ses bras. Il ne pouvait pas avoir plus de trois ans. Peut-être pas plus de deux. Une autre jeune femme, assise sur un strapontin l’a aperçue, regardée : elle est restée assise. On leur a proposé de se rapprocher de la rampe. Pourquoi faire ? Par acquis conscience. Pour tenter de se rattraper peut-être. Que sais-je ? L’enfant dans les bras, elle n’aurait pu s’en saisir sans le faire tomber. Il dormait. Elle dormait. Alors ? Alors, ils se sont pris par la main. Ils se sont adossés aux portes. Et ils se sont serrés l’un contre l’autre. Il lui a pris la main. Leurs bras, leurs doigts se sont croisés. Elle a niché sa tête dans le creux de son épaule. Il a posé la tête sur la sienne. Et ils se sont enfermés dans une sorte de bulle, de boule, protectrice pour leur enfant sans nul doute, un peu pour eux-mêmes également. Leurs corps entrelacés se mouvaient au gré des soubresauts de la ligne. C’est dur. Dur se dire que l’on n’en est là…

L'amour...

Politiquement correct
Je sortais d’un débat sur le politiquement correct, sur l’usage des mots qui enferment : l’esprit, la liberté d’expression et de création. Sur les enfermements linguistiques, langagiers. Sur l’origine de ce politiquement correct, ici et ailleurs. Il s’est agi de ses conséquences, des échéances électorales, des stigmatisations, des uns par les autres, de la pression d’une minorité sur la majorité. Il a été question du mariage entre homosexuels, d’immigration, de consommation d’alcool, de tabagisme. Une large place a été faite enfin aux polémistes, aux intellectuels, aux médias, aux « dérapages » – mot d’intimidation – aux valeurs républicaines, morales, au vrai, au bien. En la matière, je n’ai jamais rien vu de si politiquement incorrect que la façon dont ces deux jeunes gens ont été traités ce matin dans le métro. Je l’avoue : j’ai eu honte. Terriblement honte.

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