Une femme avec une femme

J’ai vu un film hier soir. Magique. Moins par le sujet que par la façon dont il parvient à raconter l’inénarrable : l’être. Et non des moindres: la femme.

 

On aura beau dire, dédire ou démentir : nous sommes à fleur de peau. Ce n’est pas un défaut. Et nous ne sommes pas compliquées. Nous prenons simplement les problèmes dans toutes leurs dimensions et tentons, autant que faire se peut, d’autant que nous disposons des outils pour ce faire, outils réels ou supposés, de solutionner, lesdits problèmes. Ce week-end encore, nous parlions de nos fils – odieux avec leurs mères, indiquaient les papas-copains-qui-ont-tout-compris. Globalement, nous sommes fatiguées, non, exténuées, tristes, blessées de ne pas être comprises par cette progéniture que nous avons portée et qui s’éloigne, se rebiffe, se refuse à comprendre… Et, malgré tout, malgré la douleur, peu importe qu’elle soit justifiée ou amplifiée, nous continuons de faire face, et espérons, non, revendiquons de la compréhension, de la patience, du silence aussi, quelquefois. C’est donc cela, pour en revenir au film d’hier soir, cela que le réalisateur- dont le nom est complexe quand même hein- a réussi à saisir.

King pleasure, Jean-Michel BASQUIAT, 1987
King pleasure, Jean-Michel BASQUIAT, 1987

L’histoire ?

Deux femmes, l’une masseuse l’autre massée, parlent d’un homme et s’en amusent jusqu’à ce que la masseuse se rende compte qu’il est question de l’homme qu’elle vient de rencontrer, celui avec lequel se noue une relation plutôt agréable. Elle n’en dit rien à la femme, poétesse un peu barrée qui souhaite rapidement « devenir son amie ». Elle n’en dit pas plus à son homme. Mais leur relation, si parfaite jusque-là, se dégrade au fur et à mesure des révélations de l’ex, sur leur vie de couple, sur ses attentes auxquels il n’a jamais pu répondre, sur tout ce qu’elle « déteste » chez lui…

Rien de superflu. Tout est bon.

Se dira-telle qu’elle n’est pas l’autre, qu’ils ne sont pas eux ? Qu’une relation dépend de la qualité des personnes en jeu, de leurs pouvoirs d’alchimistes ? Non. Se dira-t-elle qu’elle trompe son nouvel amant lorsque, attentif, sentant que les choses ne tournent pas rond, il lui demande si « tout va bien ? » et qu’elle répond « oui, oui, bien sûr » ? Non. Rien… Avant que la fille – 18 ans, snob et très pragmatique – du couple éteint, ne révèle la supercherie…
Outre le cœur, lui, ces deux femmes, ce qu’elles sont, l’amour naissant, celui qui meurt, se dessinent d’autres personnages, d’autres histoires, d’autres réalités: la quarantaine-cinquantaine, l’âge donc, l’expérience, l’impact des choix, les personnes dont on choisit de s’entourer, ceux que l’on subit, les manquements, plus ou moins assumés, la responsabilité… Rien ne manque. Rien de superflu non plus : le film dure 1h30.

Le réalisateur est, en fait, une réalisatrice.

Tout s’explique.

Elle s’appelle Nicole Holofcener.

Et le film, un vrai moment de bonheur, s’appelle All about Albert.

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