Patient (or desperate) is the new black*

Si l’on me posait la question, je serai la première à vous dire que non, ce n’est pas ma couleur qui me définit. Je vous dirai par contre être plutôt favorable à ce que l’on parle de tous, dans le respect de chacun, dans la diversité des cultures, des croyances, des réussites, des échecs, des réalités sociologiques, historiques, etc. En vérité, dans le fond (et dans la forme, pour tout dire), j’en ai assez des famines, des révoltes, des cités qui brûlent, des dictatures et autres détournements d’image et de fonds… Ou veux-je en venir ?

Mon fils a dix ans.
Il y a quelques années, tandis qu’il étrennait la vie à l’école, donc la vie en société, il m’expliquait pourquoi il voulait être Justin Bieber. L’âge amenant la raison, il réclamait, il y a tout juste moins de temps, l’autorisation de se défriser les cheveux. Parce qu’il a de la suite dans les idées, il s’est informé de savoir si, pour ce faire, le gel serait suffisant. N’obtenant pas de réponse à la hauteur de ses ambitions, il en usa un pot (de gel, s’entend) qui trainait par là. Puis plus rien.
Une histoire de cheveux ? Soit.
Une récente leçon de géographie, sur l’Outre-mer dont il est originaire, proposait, comme pour chaque leçon de géographie notamment, quelques mots de vocabulaire choisis et non moins illustratifs. Ici, trois mots : colonisation, indigène et autochtone. De sa vie sur l’île, de ce qu’il y a fait et découvert, il n’a pas osé un mot. Pas un mot non plus sur ces termes nouveaux dont il n’a pas bien compris le rapport avec son territoire d’origine… Comment ? Paranoïaque ? Okay.
En pleine crise d’Ebola, quelques amis lui ont expliqué ne pas trop vouloir le toucher, de peur qu’il ne leur transmette la maladie. Pardon ? Ah, oui : ce sont des jeux d’enfants…

Campagne médiatique de Shoana Solomon en réponse à la panique déclenchée par le virus Ebola. Shoana Cachelle/Cachelle Photography
Campagne médiatique de Shoana Solomon en réponse à la panique déclenchée par le virus Ebola. Shoana Cachelle/Cachelle Photography

Moi, après eux, et puis les autres, encore et encore

Le fait est que voilà : il y aura toujours une excuse… Euh… pardon : une explication. Il ne faut pas me plaindre, ni lui d’ailleurs, et réclamer d’être autre chose que ma couleur, que ma culture, que les préjugés, sous peine de procès en intégration ou en repentance.
Tout cela pour quoi dire. Rien de neuf en fait.
Simplement que nous sommes là.
Nous ne sommes pas plus malodorants. Sauf un peu après le sport. Comme (presque) tout le monde.
Nous ne sommes pas plus excitées que les autres, ni forcément en quête ni en attente d’un coup d’un soir ou d’une matinée.
Nous ne sommes pas plus affamés que les autres.
Nous ne sommes pas plus mal logés que les autres.
Nous ne sommes pas plus illettrés que les autres.
Nous ne sommes pas plus violents que les autres.
Nous ne sommes pas plus pauvres (en histoire, en argent, en esprit) que les autres.
Nous ne sommes pas plus riches non plus.
Nous sommes. C’est tout.
Rien de neuf, vous voyez.
Les mêmes choses en somme qu’auraient pu dire mes aïeuls et les leurs avant.
C’est juste que cela commence à faire beaucoup. Longtemps.
Vous, vous ne trouvez pas ?

* Veuillez excuser cette utilisation intempestive de l’Anglais. Le jeu de mots ne fonctionne pas en Français.

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