… Une seconde …

 » (…) Moi qui ai employé toute une vie à décrire les hommes d’après leurs œuvres et à objectiver la structure intellectuelle de leur univers, je constatais, précisément sur mon propre exemple, combien reste impénétrable dans chaque destinée le noyau véritable de l’être, la cellule mouvante d’où jaillit toute croissance. Nous vivons des myriades de secondes et pourtant, il n’y en a jamais qu’une, une seule, qui met en ébullition tout notre monde intérieur: la seconde où (Stendhal l’a décrite) la fleur interne, déjà abreuvée de tous les sucs, réalise comme un éclair sa cristallisation – seconde magique, semblable à celle de la procréation et comme elle, cachée bien au chaud, au plus profond du corps, invisible, intangible, imperceptible -, mystère qui n’est vécu qu’une seule fois.
Aucune algèbre de l’esprit ne peut la calculer.
Aucune alchimie du pressentiment ne peut la deviner et l’instinct que l’on a de soi la saisit rarement. (…)
Ce livre ignore tout du secret de mon avènement à la vie intellectuelle (…) Tout y est vrai, seul y manque l’essentiel. »

Stephan Zweig, La confusion des sentiments

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