Steve:  » la lecture est une arme d’auto-défense « 

Du 5 au 7 juin 2014, j’ai été l’un des nombreux écrivains invités au Salon du livre de Saint-Martin. J’avais l’honneur et le plaisir de représenter les îles de la Martinique et la Guadeloupe, mais aussi les gens de ma génération, lors de cet événement littéraire. Plusieurs rencontres ont été organisées avec la population. Elles m’ont toutes marqué mais je ne vais relater que l’une d’entre elles.

Dès le lendemain de mon arrivée, j’ai rencontré un groupe de jeunes lycéens au parcours difficile. Ce jour-là, le CDI (Centre de documentation et d’information – Bibliothèque) était rempli de lycéens. Étant donné que mes écrits traitent d’individus aux parcours cabossés, leurs professeurs m’ont fait savoir qu’ils avaient tout de suite accroché à mes nouvelles. Ils les ont lues et étudiées pendant un mois afin de préparer notre rencontre. Les nouvelles évoquent des univers tels que la délinquance aux Antilles, l’addiction aux substances, la prison ou encore le rap. Les étudier leur a permis de mettre des mots sur leurs propres vies. Ces trois classes du Lycée de Marigot m’ont accueilli et m’ont permis d’évoquer avec eux des sujets délicats qui touchaient à leur quotidien.

Steve_Lycée_SXM

Selon ce que j’ai pu comprendre, ces jeunes étaient parfois très difficiles à gérer dans l’établissement.

Notre échange a été profond, courtois et parfois drôle. Je lisais de l’attention et de l’intérêt dans leurs yeux, ce qui est toujours encourageant pour les « speakers » qui cherchent vraiment à nouer un contact authentique avec leur audience. En tant rappeur, j’ai pu échanger avec eux sur le panorama des musiques urbaines du moment ainsi que sur leurs goûts. A la question « Pourquoi vous écrivez sur les prisons ? », j’ai répondu que plusieurs de mes amis avaient été en prison. J’avais parfois gardé le contact avec certains d’entre eux par courrier. L’un de mes amis est devenu plus mature pendant son séjour, il avait pu se recentrer sur l’essentiel, ce qui augurait de bonnes choses pour sa réinsertion. J’ai voulu dans l’une de mes nouvelles me mettre dans la peau d’un jeune homme qui écrit à son jeune frère pour essayer de l’encourager à ne pas s’investir dans la vie de rue. C’était une manière pour moi d’avertir ceux qui, dans la vraie vie, se dirigent vers la prison.

Lorsqu’une jeune femme m’a demandé mon avis sur les substances, je lui ai répondu, qu’en connaissance de cause,  la vie sans substances est mieux. J’ai ajouté que j’étais conscient que pour ma génération, et la sienne sans doute, les substances sont banales comme de l’eau. Étant donné que nous ne sommes pas tous égaux devant elles, je lui ai confié qu’il nous fallait trouver des moments et des espaces pour en parler librement car, selon la personnalité et l’environnement de celui ou celle qui en consomme, cela peut vite devenir un cauchemar. Cette conversation est vitale à l’heure où les clips vidéos et les chansons valident un seul discours, celui de la fête et de l’insouciance.

Pour moi, la lecture est une arme d’auto-défense intellectuelle. L’ultime message que je leur ai adressé a été le suivant : « L’avenir appartient à ceux qui lisent. En lisant, vous apprenez à vous connaître mieux mais aussi à mieux connaître le monde autour de vous. Avec cette arme-là, même sans diplôme, on ne pourra pas vous arrêter ».

La chaleur humaine qu’il y eu après l’échange, l’étonnement de leurs professeurs m’ont convaincu que quelque chose était passé, que les livres pouvaient encore faire une différence dans la réalité des lecteurs de tous horizons…

Steve G.

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